Cosmopolis : Comme une ambiance de fin d’un monde

Cosmopolis, ou le film qui n’a rien pour conquérir un large public. Afin de dissiper tout malentendu, il faut le dire, je suis loin d’être une spécialiste du réalisateur David Cronenberg. Ceci étant dit, cette adaptation cinématographique du roman de Don DeLillo (2003) se partage entre le fascinant et le déroutant pour un spectateur d’aujourd’hui. Peu de scènes d’action, de longs dialogues plutôt complexes, peu de musique, c’est tout l’inverse de la plupart des productions actuelles. Le manque de repères demande un effort permanent pour rester dans la fiction, et cet exercice prend l’aspect d’une expérience qui ne tolère pas de réduire le film à un pur divertissement. A travers les grandes thématiques abordées et les références disséminées, le film s’inscrit dans l’œuvre de David Cronenberg qui étudie l’être humain et son psychisme, sa violence, sa sexualité, son rapport au monde.

Dans une ambiance de fin d’un monde, en l’occurrence le capitalisme poussé à l’extrême, Cosmopolis suit la journée d’un golden boy à l’humanité remise en question. Le film a quelque chose du huis-clos, dans l’espace étouffant et insonorisé de la limousine d’Eric Packer (Robert Pattinson) qui voit se succéder des visiteurs. Il décortique avec eux, à travers des discussions denses, l’évolution du cours du yuan et de la technologie, théorise sur l’avenir d’une société en pleine crise financière avec sa responsable de la théorie (Samantha Morton), parle art et morale avec sa maîtresse (Juliette Binoche), se fait ausculter de fond en comble lors de sa visite médicale quotidienne. L’obsession du physique chez le protagoniste, qui commence par la nécessité absolue de se faire couper les cheveux, se poursuit dans ses rapports sexuels et la découverte de l’asymétrie de sa prostate. L’expérience du vivant et du nouveau s’est recentrée entièrement sur son corps, notamment lorsqu’il demande une décharge de taser après avoir fait l’amour ou qu’il se tire dans la main.

Cosmopolis

Sans remettre en question l’intérêt des théories et leur aspect visionnaire développés dans le livre, l’adaptation cinématographique reste délicate. Contrairement à la lecture que chacun peut faire à son rythme, il est regrettable que ces réflexions et dialogues se perdent en partie dans un flot rapide et intense. L’enchaînement des scènes contribue aussi à la déroute du spectateur qui ne sait pas à quoi s’attendre et ne s’y retrouve pas forcément avec cette construction, mais c’est aussi un moyen de refléter la perte de sens de la vie d’Eric Packer.

Résultat : peu à peu, des spectateurs ont quitté la salle, une vingtaine au total. Certains y allant de leur commentaire, «on ne comprend rien», «j’ai failli m’endormir». Dommage, car c’est, à mon sens, la dernière partie du film qui permet au spectateur d’entrevoir une connexion avec le personnage central. Il s’humanise progressivement, d’abord par la chair pour ressentir quelque chose dans sa vie froide et aseptisée, puis par l’émotion face à la mort, par les souvenirs, et enfin, une tentative de remise en question. En assistant à la confrontation finale entre Eric Packer et Benno Levin (Paul Giamatti), me voilà récompensée d’être sortie des sentiers battus du cinéma «mainstream».

Cosmopolis (2012)

De David Cronenberg. Avec Robert Pattinson, Paul Giamatti, Sarah Gadon, Kevin Durand, Juliette Binoche…

Durée : 1h48

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