De Rouille et d’os : au cœur des corps

De Rouille et d’os m’a eue par KO, vissée à mon fauteuil de bout en bout. Cela faisait un moment que je n’avais pas eu besoin de quelques minutes de générique pour pouvoir sortir de la fiction et rejoindre le monde extérieur. Le réalisateur, Jacques Audiard, s’est inspiré du recueil de nouvelles Un Goût de rouille et d’os, écrit par l’auteur canadien Craig Davidson, en privilégiant l’organique et le sensoriel pour une immersion totale du spectateur dans l’environnement proposé.

De Rouille et d’os, c’est l’histoire d’une rencontre entre deux êtres cabossés par la vie qui cherchent leur place pour se reconstruire. Ali (Matthias Schoenaerts), jeune père en galère, descend du Nord pour trouver une nouvelle vie chez sa sœur à Antibes. C’est là qu’il rencontre Stéphanie (Marion Cotillard), dresseuse star des orques du Marineland, qui perd ses jambes après un accident. Le film suit l’itinéraire mental comme physique que les personnages doivent parcourir afin de trouver une forme d’apaisement à leur douleur. Ils essaient de se sauver mutuellement, chacun y trouve son compte sans quoi que ce soit de sordide.

De Rouille et d’os

Pas de concession ou de fausse pudeur, le film est à l’image d’Ali, direct, simple et charnel. Tout est montré, le spectateur n’est pas épargné, la misère des hommes, les coups dans les combats de boxe, le handicap de Stéphanie. Rien de gratuit ou voyeuriste cependant, car chaque plan paraît viscéralement nécessaire. Cette nécessité passe notamment par la finesse de la mise en scène. Le réalisateur amplifie ainsi l’effet de la scène de l’accident en faisant passer brutalement d’une ambiance festive avec la musique à fond, à un silence aquatique où le temps semble suspendu.

Ces plans sont habités par des acteurs au jeu percutant, rôles principaux comme secondaires, dans l’émotion mais aussi dans les moments banals du quotidien. Corinne Masiero, qui joue Anna la sœur d’Ali, interprète avec justesse une femme caissière désabusée affrontant chaque jour la société pour préserver son petit bout d’existence. Les performances de Matthias Schoenaerts et Marion Cotillard, accompagnées de la musique d’Alexandre Desplat, font également la force de ce film. Peu à peu, Ali passe de la survie quasi animale à une forme de vie plus ouverte, pendant que chez Stéphanie apparaît une véritable envie de vivre. Bref, il serait dommage de passer à côté de cette expérience cinématographique d’une efficacité sans fioritures.

De Rouille et d’os (2012)

De Jacques Audiard. Avec Matthias Schoenaerts, Marion Cotillard, Armand Verdure, Corinne Masiero, Bouli Lanners…

Durée : 1h55

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