Adieu Berthe, et merci d’être venue

Rire de la mort oui, mais pas n’importe comment. Le film des frères Podalydès Adieu Berthe – l’enterrement de Mémé, le fait d’une bien belle façon : avec grâce, incongruité, absurde et poésie. Cette oeuvre est bel et bien une affaire de famille, écrite par Bruno et Denis, réalisée par le premier, et interprétée par les deux frères (campant respectivement le croque-mort Yvon Grinda et l’endeuillé Armand) qui se retrouvent aux côtés de leurs habitués Isabelle Candelier (Hélène) ou Michel Vuillermoz (l’autre croque-mort, Rovier Boubet). Le duo Podalydès a déjà collaboré sur pas moins de huit projets cinématographiques dont la trilogie Versailles rive gauche (1992), Dieu seul me voit (Versailles-chantiers) (1998), et Bancs publics (Versailles rive droite) (2009), mais aussi Liberté-Oléron (2001), Le Mystère de la chambre jaune (2003) et Le Parfum de la dame en noir (2005) où Denis tenait le rôle du reporter Rouletabille.

Dans ce nouvel opus, ce n’est pas forcément le personnage central, Armand qui a perdu sa grand-mère qu’il avait quelque peu oubliée, qui fait la véritable force de ce film. Il partage avec le spectateur son dépassement total par les évènements, quel cercueil choisir, crémation ou enterrement, que dire lors de la cérémonie ? Armand est l’incarnation de l’indécis qui passe sa vie le séant entre deux chaises, tout en essayant de combiner ses deux vies. A force de vouloir être partout, il est la plupart du temps absent. Gentiment ridicule avec sa trottinette électrique, et poétiquement attachant avec ses tours de magie, ce pharmacien répartit son temps entre sa femme Hélène et sa maîtresse Alix (Valérie Lemercier).

La puissance comique provient surtout des dialogues finement ciselés, du jeu de Valérie Lemercier, et de la confrontation entre deux styles de pompes funèbres aux slogans à tomber : «Avec Définitif, c’est définitif» versus «Obsecool, c’est fait, c’est cool». Tout est dit ! Le premier propose des enterrements conceptuels version grand luxe et des cercueils tendance tout en accueillant les clients avec petits fours et verre de champagne, tandis que le second reçoit le client sur un coin de table sans chichi et réalise la majeure partie de son chiffre d’affaires dans les animaux de compagnie.

A côté de cette bonne dose d’humour noir, le film ne néglige pas pour autant la part émotionnelle de l’histoire. Parmi les scènes à retenir, Armand et sa femme ont une réflexion sur la meilleure façon de se séparer en douceur, alors que plus tard il se fait enguirlander par sa maîtresse qui ne supporte plus son statut. L’idée de ne pas exister publiquement dans sa vie, et que s’il mourait personne ne la tiendrait au courant, lui est insupportable. C’est pourtant avec elle qu’il partage la boîte à souvenirs de sa mémé et qu’il découvre qui elle était réellement, au beau milieu de la chambre qu’elle avait dans une maison de retraite. Avant d’être une mémé, cette femme a été follement amoureuse mais aussi terriblement seule, il y a alors comme un parallèle inévitable qui se dresse avec la situation d’Alix. Entre retour en enfance et confrontation à la mortalité, le temps passe à une vitesse folle et les lumières de la salle de cinéma se rallument déjà.

Adieu Berthe – l’enterrement de Mémé (2012)

De Bruno Podalydès. Avec Denis et Bruno Podalydès, Valérie Lemercier, Isabelle Candelier, Michel Vuillermoz…

Durée : 1h40

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