Alexandre Desplat, ou l’homme qui composait plus vite que son ombre

Parmi les compositeurs de musique de film, Alexandre Desplat a plus que jamais le vent en poupe. Il a signé la bande originale de pas moins de cinq films en sélection officielle du Festival de Cannes 2012 (Moonrise Kingdom de Wes Anderson, De Rouille et d’os de Jacques Audiard, Reality de Matteo Garrone, Renoir de Gilles Bourdos, et Roman Polanski : A Film Memoir de Laurent Bouzerau). Cet artiste très prisé dans le milieu du cinéma a été récompensé en Europe comme aux Etats-Unis par une quinzaine de prix (pour De Battre mon cœur s’est arrêté, The Queen, ou Le Discours d’un roi…), sans compter une vingtaine de nominations.

Outre son rythme de travail intensif − entre quatre et sept films par an depuis 1996 −, Alexandre Desplat s’adapte tout aussi bien à une superproduction anglo-saxonne (A la croisée des mondes – La boussole d’or, Harry Potter et les reliques de la mort) qu’à la filmographie plus indépendante de Jacques Audiard. Comme la plupart des grands compositeurs, Alexandre Desplat reste fidèle à une poignée de réalisateurs (comme John Williams avec Steven Spielberg, Danny Elfman avec Tim Burton…), certains depuis ses débuts, mais ne s’empêche pas pour autant d’aller vers la nouveauté. Depuis Regarde les hommes tomber (1994), il a collaboré à cinq occasions avec Jacques Audiard, tandis qu’il a signé la musique de cinq films de Florent Emilio Siri, et de trois réalisations de Gilles Bourdos. Sur le plan international, il a notamment travaillé trois fois avec le réalisateur britannique Stephen Frears (The Queen, Tamara Drew, et Chéri), mais aussi avec Roman Polanski, Terrence Malick, David Fincher, ou encore Ang Lee.

«Compositeur de cinéma c’est justement passer d’un univers à l’autre. Ma passion du cinéma vient de là et d’ailleurs, les réalisateurs sont multiples eux aussi, Spielberg peut faire un film de science fiction, puis un drame et ensuite un film de guerre», a-t-il expliqué en mai dernier à l’AFP. «Chaque film appelle un processus différent», a-t-il ajouté. Pour lui, le rôle de la musique dans un film c’est «une autre forme du dialogue, entre les lignes, qui vient faire apparaître l’invisible. La musique est là pour créer autre chose que ce que l’on voit. J’aime qu’elle puisse se fondre dans l’image, en être indissociable, mais aussi tenir le choc hors de l’image». Ainsi, il précise que son but n’est pas de faire ressortir à tout prix sa musique, mais qu’elle soit exactement là où elle doit être pour remplir sa fonction. Dans une interview accordée à Emmanuel Cirodde pour L’Express et Studio CinéLive, il explicite l’une des fonctions de la musique qui a «cette force-là d’écarter le cadre, de donner de la profondeur de champ, de la hauteur».

http://www.youtube.com/watch?v=Axo9Wv1sUaI&feature=plcp 

Le compositeur décrit l’écriture musicale pour le cinéma comme un exercice très particulier qui demande une passion pour le septième art ainsi que de «l’instinct». Travailler à partir de morceaux de scènes, revoir ses partitions à chaque changement de montage, doit effectivement demander une capacité d’adaptation toute particulière. Tout comme les délais d’écriture qui s’avèrent souvent très serrés. D’un film à l’autre, le timing varie cependant beaucoup, de quelques semaines à quelques mois. Alexandre Desplat a composé la musique de la Jeune fille à la perle en deux semaines, mais celle d’Harry Potter et les reliques de la mort en trois mois. La musique temporaire qu’insèrent parfois certains réalisateurs, en attendant la musique originale terminée, peut aussi devenir une contrainte. Elle devient parfois difficile à remplacer en s’incrustant dans la tête du musicien et peut limiter sa liberté de créativité.

A mes oreilles d’amatrice, ce compositeur a souvent recours à d’amples suites symphoniques d’un ensemble orchestral dans lequel prédominent fréquemment les cordes et le piano. Toutefois, son efficacité le conduit bien entendu à s’adapter au mieux selon le film sur lequel il travaille. Comédie, drame, film d’action, contemplatif, Alexandre Desplat s’est essayé à tous les genres, et semble avoir un faible pour les films historiques. Renoir, La Fille du Puisatier, Le Discours d’un roi, Chéri, The Painted Veil, La Jeune fille à la perle, comptent parmi ces peintures d’une époque déterminée qui conviennent à merveille au style du compositeur. Chaque détail a son importance pour retranscrire une période, une histoire, des émotions. Alexandre Desplat explique, par exemple, qu’il a enregistré la musique du Discours d’un roi à l’aide de trois micros qui avaient servi à George VI, à la reine mère et à Élisabeth II pour leurs discours radiophoniques.

Même si sa musique n’est pas celle qui correspond le plus à ma sensibilité, Alexandre Desplat m’impressionne par la large palette qu’il est capable de déployer pour s’ajuster aux films sur lesquels il travaille. En outre, certains de ses morceaux, comme le thème principal de Lust, Caution (Ang Lee, 2007) ou Sunrise on Lake Pontchartrain de The Curious Case of Benjamin Button (David Fincher, 2008), me transportent véritablement. Parmi ses projets de films à venir, le musicien a travaillé sur Argo, le film d’animation The Rise of the Guardians, et actuellement sur Zulu.

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