Du Vent dans mes mollets, l’enfance en vrai

Pour une fois où je n’avais pas vu la bande-annonce et que je savais à peine de quoi il retournait, me voilà agréablement surprise d’avoir découvert Du Vent dans mes mollets, de Carine Tardieu. Un film touchant et pertinent sur une tranche de l’enfance de Rachel (Juliette Gombert), 9 ans, qui doit gérer des parents un peu étouffants tout en faisant face aux aléas de la vie scolaire. Sa rencontre avec la petite casse-cou Valérie (Anna Lemarchand) va changer son quotidien, mais également celui de sa famille.

Comme d’autres films récemment sortis (Nous Trois, Skylab ou Nos Plus belles vacances), l’histoire s’inscrit dans une époque, ici le début des années 1980, avec des indices qui ne trompent pas comme les vêtements fluo et le brushing de la prof (Elsa Lepoivre), les petits pulls sans manche de Valérie, ou les jouets aujourd’hui «collector». La réalisatrice joue aussi sur l’époque en intégrant des plans filmés façon «super 8 comme à la maison».

L’intérêt majeur du film est de suivre un bout de vie à travers les yeux d’une petite fille, d’entrer dans ses jeux de Barbie et de faire-semblant, d’écouter ses réflexions sur la mort, de la voir tomber amoureuse du grand frère de sa meilleure amie. Le terrain enfantin ne donne pas lieu, pour autant, à une vision naïve de l’existence, mais fait place à une part d’humour noir et de réalité crue qui n’est pas enrobée dans le filtre du politiquement correct des adultes. Ce parti pris donne lieu à des scènes et répliques mémorables, comme l’expression «sucer des mites», ou Rachel qui reçoit pour son anniversaire une carte pour faire un don aux enfants du Sahel, alors qu’elle rêvait de s’inscrire au club des amies de Barbie. Parfois, le ton se fait tout à coup  moins léger, lorsqu’après une course-poursuite à travers la maison la mère tombe et que le silence devient pesant, ou lors des discussions douloureuses entre la mère et la grand-mère qui affrontent enfin certains non-dits.

Les parents comme la grand-mère (Judith Magre) ont leurs propres problèmes et projettent leurs angoisses sur Rachel tout en l’envoyant voir une psy (Isabella Rossellini) quelque peu excentrique. Au début, ils sont prompts à asséner à la petite fille des «moi, quand j’avais ton âge», puis se rendent progressivement compte de son individualité. Le trio formé par Agnès Jaoui (la mère poule), Denis Podalydès (le père survivant d’Auschwitz), et Isabelle Carré (la mère célibataire de Valérie), se révèle touchant et crédible. La force de ce long métrage repose en grande partie sur les interprétations qui sonnent juste et dont le naturel frappe.

La péripétie finale marque un nouveau tournant dans l’évolution de Rachel qui se trouve confrontée, d’une façon bien rude, à une facette délicate de l’existence. Cette fin donne d’autant plus de poids à tout ce qui s’est dit auparavant, et à l’importance d’apprendre à vivre ensemble. Il faut néanmoins avouer que l’enchaînement sur une chanson de Barbara au générique laisse au spectateur la gorge quelque peu nouée au moment de quitter la salle. Cet effet n’efface cependant pas l’heure et demie de drôlerie, d’émotion, de sourires, et de nostalgie qu’a su installer Du Vent dans mes mollets.

Du Vent dans mes mollets (2011)

De Carine Tardieu. Avec Agnès Jaoui, Denis Podalydès, Isabelle Carré, Juliette Gombert, Anna Lemarchand…

Durée : 1h29

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