M. Lazhar, surmonter les épreuves à tout âge

Ne pas se fier aux bandes-annonces, du moins pas toujours, voilà une première chose à retenir dans le cas du long métrage M. Lazhar, du réalisateur québécois Philippe Falardeau. Alors que je m’attendais à une douce comédie sociale sur la rencontre entre un immigré algérien et une classe de jeunes élèves montréalais, c’est une toute autre dimension qu’a prise le film. Le cinéaste avait déjà abordé la question de l’immigration en s’intéressant aux Chinois venus vivre au Canada dans le moyen métrage Pâté chinois (1997). Il avait également abordé les difficultés de l’enfance à travers le comportement perturbé du jeune Léon dans C’est pas moi, je le jure ! (2008). Ce dernier est adapté du roman du même nom écrit par Bruno Hébert.

M. Lazhar est également l’adaptation d’une œuvre littéraire, la pièce Bachir Lazhar d’Évelyne de la Chenelière. Après la disparition brutale de son institutrice Martine, une classe est confiée à Bachir Lazhar, interprété de façon convaincante par  Mohamed Fellag. Peu à peu, le spectateur découvre que cet immigré algérien doit lui-même faire face à des problèmes personnels. Le réalisateur s’attache à prendre le temps de montrer l’intégration du protagoniste au sein de sa classe, ne passant pas sous silence des difficultés comme la violence scolaire, la confrontation aux parents d’élèves, ou «la codification des rapports entre les enfants et les adultes en milieu scolaire», selon les termes de Philippe Falardeau. La relation entre les jeunes Québécois et leur professeur algérien prête tour à tour à sourire avec le décalage culturel et générationnel, à rire avec la spontanéité des enfants, à réfléchir, et s’émouvoir. Saison après saison, chacun progresse pour résoudre ses angoisses en parvenant à les exprimer. La difficulté du sujet du film se trouve parfois allégée par des moments d’humour et de poésie.

Certaines séquences tendent à frôler le documentaire sur le milieu scolaire, dans la lignée de films comme Entre les murs (Laurent Cantet, 2008), Detachment (Tony Kaye, 2012), Half Nelson (Ryan Fleck, 2007). En effet, le cinéaste privilégie souvent une approche réaliste et naturaliste dans ses œuvres. Son efficacité repose aussi sur de savoureux seconds rôles avec la directrice consciencieuse et humaine, la jeune prof motivée, le professeur de sport désabusé. A noter également, la puissance du jeu des acteurs enfants naturellement crédibles. Ce film a rencontré un succès critique assez important, et accumulé les récompenses comme le prix du public et le prix de la critique au Festival de Locarno en 2011, ou celui du meilleur film canadien au Festival de Toronto 2011. Il avait aussi été nommé aux Oscars 2012 dans la catégorie «meilleur film en langue étrangère».

Le film donne un aperçu de la société canadienne, son système administratif, son système scolaire, mais aussi des rapports sociaux. Alors que la langue française est une des spécificités culturelles primordiales du Québec, il n’est pas anodin que la plupart des scènes d’enseignement se concentrent sur la littérature, les dictées, ou encore les rédactions. Finalement, le Québec est lui-même un territoire à part au sein d’un Canada majoritairement anglophone.

M. Lazhar (2011)

De Philippe Falardeau. Avec Mohamed Fellag, Sophie Nélisse, Émilien Néron, Danielle Proulx, Brigitte Poupart…

Durée : 1h35

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