The We and the I : Michel Gondry dans le Bronx

Et si l’on mettait de vrais jeunes dans un vrai bus pour voir ce qu’il se passe, voilà en version simplifiée ce que propose The We and the I. Michel Gondry s’est lancé dans l’observation d’un microcosme social en engageant des acteurs amateurs d’un lycée du Bronx pour écrire avec eux des dialogues du quotidien et s’appuyer sur leurs anecdotes. Le film ne devient pas pour autant un documentaire et conserve la marque de fabrique propre au cinéaste français. Plein d’astuces, de «fabriqué main», d’effets ingénieux et originaux, le style de Michel Gondry reste difficile à définir. Mais impossible de s’y tromper dès lors qu’apparaît à l’écran un radiocassette, transformé en réplique du bus municipal new-yorkais, qui roule le long des grands axes du Bronx.

Pour Michel Gondry, tout a commencé avec la réalisation de clips musicaux, d’abord pour son propre groupe Oui Oui, puis pour des artistes de renommée internationale comme Bjork, les Rolling Stones, Kylie Minogue, Massive Attack, Lenny Krawitz, The White Stripes, Daft Punk, Radiohead ou The Chemical Brothers. L’ouverture de The We and the I peut d’ailleurs faire penser à l’introduction d’un clip, et la bande originale s’appuie beaucoup sur le rap américain des années 1980-1990 (Young MC, Run DMC). Michel Gondry a également réalisé de nombreux clips publicitaires, ainsi que plusieurs courts métrages. Au début des années 2000, il crée son premier long métrage, Human Nature (2001), qui se penche notamment sur la condition humaine face à la sexualité. Il travaille ainsi à deux reprises avec le scénariste Charlie Kaufman qui l’a aussi assisté pour The Eternal Sunshine of the Spotless Mind (2004). Le cinéaste choisit la France pour son troisième film, La Science des rêves (2006) qui rassemble, entre autres, Charlotte Gainsbourg, Alain Chabat, Miou-Miou et Emma de Caunes. En 2008, sortait Soyez sympas, rembobinez (Be kind, Rewind), qui a lancé le concept de film «suédé», c’est-à-dire un remake fait avec les moyens du bord entre amis. Le point d’ancrage de ces films se retrouve dans l’intérêt porté aux rapports humains, l’étude d’un groupe.

Que reste-t-il des relations entre individus lorsque le groupe se désagrège ? C’est la question que Michel Gondry dit s’être posé pour The We and the I. Il souhaitait montrer comment les changements de rapports de force s’opèrent au fur et à mesure que le trajet progresse. Pour trouver ces jeunes acteurs amateurs, Michel Gondry et son équipe ont participé à un centre d’activités artistiques dans le Bronx, en proposant aux inscrits de raconter des anecdotes de leur vie qui servaient de matériaux pour le scénario et les dialogues. Le réalisateur a précisé que les rôles principaux, comme Teresa ou Michael, se sont dégagés naturellement selon la personnalité de chacun. Pour faire réagir ses acteurs en devenir, il a usé de petites astuces pour provoquer certaines réactions «superficielles et immédiates» du début du film, lorsque la moquerie est reine pour avoir l’air «cool» au sein de son groupe. Il a choisi de grossir le trait sur le comportement de certains protagonistes. Puis, la confidence naissant à mesure que le bus se vide, la façon de filmer est devenue plus classique, a expliqué le réalisateur lors de la présentation du film au festival de Deauville.

Autre défi technique, éviter les faux raccords entre les scènes où le bus est à l’arrêt et celles où il roule. Chaque jour, le véhicule faisait une boucle dans une partie du Bronx pour pouvoir tourner de façon fluide. Alors que les dialogues, les réactions, les personnages, sont proches du documentaire, le cinéaste s’est permis quelques libertés nous rappelant que nous sommes dans une fiction. Par exemple, dans la réalité, au terme d’un trajet de bus d’un peu plus d’une heure il ne ferait pas encore nuit, alors que c’est le cas dans le film. La tombée du jour accompagne pourtant à merveille le changement d’ambiance vers des conversations plus profondes. Michel Gondry a également mis en scène l’imaginaire des personnages dans de petites saynètes où apparaît sa marque de fabrique visuelle. Il joue avec la dualité entre intérieur et extérieur du bus lorsqu’il projette, sur la vitre du véhicule bloqué dans un embouteillage, la scène de deux passagers partis chercher une pizza. Ce film trouve un équilibre entre un aspect proche du documentaire et la spécificité du cinéma de Michel Gondry. Le spectateur est transporté du point A au point B en un clin d’œil, illustrant l’importance du voyage qui prime parfois sur la destination. Étant une grande amatrice de ce réalisateur, j’entrais dans la salle avec quelques appréhensions, comme une crainte de ne pas le retrouver dans ce long métrage. Une fois mes inquiétudes envolées dès les premières images, j’ai vraiment apprécié d’assister à cette expérience cinématographique.

The We and the I (2012)

De Michel Gondry. Avec Teresa Lynn, Michael Brodie, Lady Chen Carrasco, Raymond Delgado…

Durée : 1h43

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Un commentaire pour The We and the I : Michel Gondry dans le Bronx

  1. auroreinparis dit :

    Ton article est vraiment très bien, il explique vraiment bien le film. Je l’ai bcp aimé aussi, avec ttde même qq longueurs que je n’avais jms ressenties ds d’autres films de lui.

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