Camille redouble : entre influences et ressources intérieures

Évacuons un premier sujet concernant Camille redouble : ses ressemblances avec le film de Francis Ford Coppola, Peggy Sue s’est mariée (1986). D’une interview à l’autre, la réalisatrice de Camille redouble, Noémie Lvovsky, reconnaît plus ou moins l’influence qu’a eue le film de Coppola sur sa propre œuvre. Force est de constater que les deux fictions partagent de nombreux points communs. Il s’agit d’une quadragénaire dont le mariage touche à sa fin et qui se retrouve plongée dans son adolescence après s’être évanouie lors d’une fête. Comme chez Peggy Sue, le compagnon de Camille est son premier amour, et elle a eu un enfant assez jeune. Les personnages, dans leur version adolescente comme dans leur présent, sont interprétés par les mêmes acteurs. Le lien entre les deux époques se fait à travers une robe et un bijou pour les deux héroïnes. Ces visiteuses du futur font chacune appel à une figure scientifique et décident de lui dire la vérité. Certaines scènes paraissent même très proches : la fille qui encourage sa mère à porter telle robe à la fête, la redécouverte émouvante de la chambre d’adolescente, la joie procurée par les repas en famille.

Dans un entretien accordé à Perrine Quennesson pour Ecran Large, la cinéaste répond : «Peggy Sue, je me suis interdite de le revoir pendant toute l’écriture, le tournage, le montage du film, parce que j’avais peur d’être un peu écrasée. Mais j’y ai pensé, bien sûr». «Avant de commencer à écrire, je me suis dit « il y a un voyage dans le temps, les personnages seront joués par les mêmes acteurs », donc j’y ai pensé, mais je me suis dis aussi que j’avais des choses très personnelles à raconter et que, donc, ce serait forcément très différent de Peggy Sue», ajoute-t-elle. Il y a l’évocation de sa mère, mais aussi celle de son statut d’actrice dès la première scène. Dans plusieurs interviews, la réalisatrice insiste sur la multitude de films qui l’ont influencée, dans sa vie personnelle comme professionnelle. «Depuis toujours, je me dis qu’il y a les films que je vois et qui m’aident dans ma vie, et ceux qui m’aident dans mon travail. C’est le cas avec les films de Coppola, et pas seulement Peggy Sue…», explique-t-elle à Emmanuel Cirodde de Studio Ciné Live. «Les films de Coppola, comme ceux de Truffaut, m’accompagnent. Ce sont des cinéastes dont je me rends compte après coup que leurs films ont fait un travail en moi qui ressurgit dans mes films», précise Noémie Lvovsky.

Voilà où cela nous mène, chaque réalisateur se voit naturellement influencé par ses pairs de façon plus ou moins consciente. Que ce soit dans la manière de filmer, de raconter une histoire, ou de mettre en scène les acteurs, ils savent apprécier, s’inspirer de ce qui s’est fait avant. Une fois que c’est dit, Camille redouble est loin d’être un simple remake de Peggy Sue s’est mariée. Camille revit à fond son adolescence et en apprécie chaque aspect, la plupart du temps sans même poser un quelconque filtre d’adulte sur ce qu’elle vit. Le sentiment de nostalgie pour cette époque se fait alors sentir, jamais de façon pesante mais plutôt comme une expérience qui consolide la Camille du présent. Dressé avec honnêteté et simplicité, le tableau des années 1980 que nous propose ce long métrage emporte (ou pas) le spectateur (selon son âge) dans un tourbillon de souvenirs. Les chansons écoutées, les tenues flashy, les objets du quotidien avec le walkman, le mobilier, la R5…

L’une des forces du rôle principal ressort dans le double point de vue de la protagoniste, qui a décidé de revivre cette période sans distance, mais qui ne peut totalement effacer son regard de femme expérimentée et désabusée. Les interprétations, que ce soit celles des parents (Yolande Moreau et Michel Vuillermoz), du couple Noémie Lvovsky-Samir Guesmi, des copines délurées (Judith Chemla, India Hair, Julia Faure), sonnent juste. La retenue et la douceur des parents semblent sorties d’une vision idéalisée que s’autorise Camille avant de les perdre à nouveau. Ce personnage ne souhaite finalement pas apporter de modification radicale à son passé, mais plutôt en emporter un morceau avec elle (la voix de sa mère sur une cassette). Encensé par des critiques dithyrambiques, ce film vaut le déplacement, rien que pour prendre une bonne dose de rire, de nostalgie, d’émotion, et surtout de naturel, dans la figure.

Camille redouble (2011)

De et avec Noémie Lvovsky. Avec Samir Guesmi, Yolande Moreau, Michel Vuillermoz…

Durée : 1h55

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