Snowpiercer : huis-clos international à grande vitesse

Voici l’idée cadeau qui m’est venue après avoir vu le film Snowpiercer : la bande dessinée Le Transperceneige, de Jacques Lob (scénario) et Jean-Marc Rochette (dessin). Idée très originale me direz-vous ! Ce récit de science-fiction post-apocalyptique repose sur des concepts de départ simples mais richement exploités. Après une catastrophe écologique, la Terre connaît une nouvelle ère glaciaire et les survivants se réfugient dans un train en mouvement perpétuel.

L’adaptation en film, réalisé par le Coréen Bong Joon-ho, nous entraîne dans ce train 17 ans après son départ. Les voyageurs les plus pauvres ont atterri dans le dernier wagon, tandis qu’à mesure qu’on s’approche de l’avant du train les décors et les populations se font de plus en plus opulentes. Une nouvelle révolution guette au cœur de ce dernier wagon. Ses principaux initiateurs sont Curtis (joué par Chris Evans), Edgar (Jamie Bell), et Gilliam (John Hurt).

Contrairement à de nombreux longs-métrages d’anticipation et d’action futuriste, Snowpiercer enrichit son récit en le nourrissant de sa propre représentation de la société et ses enjeux, et de rebondissements souvent inattendus. Le scénario évite un trop grand manichéisme et se place davantage du point de vue de l’étude sociologique de cette «arche de Noé» sur rails. Le film parvient à mêler au divertissement et à la magie visuelle une réflexion sociale. Le partage des langues entre l’anglais et le coréen rappelle aussi la dimension internationale de cette arche.

SnowpiercerLes décors de l’intérieur du train, que ce soit l’ingénieuse utilisation du peu d’espace dont dispose le dernier wagon ou les magnificences de l’avant du train, impressionnent par leur réalisme et leur créativité. Dans ce huis-clos mobile, les rares passages montrant les paysages à l’extérieur transmettent la sensation d’impuissance des personnages face à ce monde figé par la glace. Avec ses choix d’angle de caméra, durant la traversée de ponts interminables ou les percées du train dans la glace, le film donne parfois presque le vertige.

Au-delà de la progression des révoltés vers l’avant du train, l’un des intérêts majeurs de Snowpiercer provient de la découverte d’un système autarcique. Comment gérer les réserves de nourriture et d’eau, éviter au maximum de laisser les gens réfléchir en les abrutissant, maintenir un ordre dictatorial ? Même la notion de temporalité en est affectée : le nouvel an n’est plus au premier janvier mais lors de la traversée d’un certain pont, étant donné que la boucle du parcours entier du train sur la Terre prend une année.

L’interprétation des acteurs s’avère à la hauteur de l’histoire racontée. Chaque personnage propose des nuances autour d’un caractère et de motivations individualisés. Curtis ne se résume pas à un homme d’action, l’ingénieur Namgoong Minsu (Song Kang-ho) est loin d’être réduit à un addict, et la femme dictatoriale Mason (jouée par une Tilda Swinton méconnaissable) révèle un autre visage dans une situation de crise. Leurs multiples facettes nécessiteraient peut-être même de revoir ce film pour en saisir toute la portée.

En résumé, je vous recommande Snowpiercer pour son inventivité visuelle, sa trame dense qui ne laisse pas de place à l’ennui, et son aspect réflexif sur la construction et le maintien d’une société.

Snowpiercer (2013)
De Bong Joon-ho. Avec Chris Evans, Jamie Bell, John Hurt, Tilda Swinton, Song Kang-ho, Ed Harris, Ko Ah-sung…
Durée : 2h06

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