Séries Mania : “Les séries low-budget, une contrainte stimulante ?”

Le Festival Séries Mania saison 5 se tient du 22 au 30 avril 2014 au Forum des images à Paris.

Comme chaque année, le Festival Séries Mania a proposé plusieurs tables rondes professionnelles mais ouvertes au public. La première d’entre elles s’est intéressée aux séries low-budget (à faibles coûts) comme contrainte stimulante. Animée par Marie-Agnès Bruneau, la table ronde rassemblait quatre intervenants : Stéphane Drouet pour In America (Making Prod), Bertrand Cohen pour CUT (Terence Films), Paul Marquess pour Suspects (Newman Street), et Agata Walkosz pour The Deep End (Media Brigade).

En ouverture de la discussion, Marie-Agnès Bruneau a tenu à rappeler que “low-budget” n’était pas synonyme de “low-cost” et qu’il ne s’agissait pas ici de parler de séries à la qualité dévaluée pour des questions de coûts.

Les chaînes historiques comme les nouvelles chaînes s’intéressent de près à la fiction qui reste toutefois le type de programme le plus coûteux à mettre en place. A titre d’exemple, selon des chiffres du CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée), une fiction coûte en moyenne 900 000€ de l’heure, contre 600 000€ pour un animé et 150 000€ pour un documentaire. La majorité des commandes de fiction provient encore des chaînes historiques mais 10% viennent des nouvelles chaînes qui investissent en moyenne 100 000€ de l’heure pour une fiction.

© PhillippeLeroux-FTV

© PhillippeLeroux-FTV

Malgré les réticences de certains intervenants à parler argent, un comble pour une table ronde intitulée “les séries low-budget”, nous avons appris que la saison 1 d’In America a atteint 1 million d’euros. Pour CUT, France Ô aurait apporté 50 000€ de l’heure, et une saison entière représenterait 4 à 6 millions d’euros. Pour The Deep End, une saison de 13 épisodes coûte 1,5 million d’euros. Tous sans exception ont répondu que s’ils avaient bénéficié d’un budget plus important, ils auraient apprécié plus de temps de tournage.

Le cas de CUT, diffusé sur France Ô (saison 2 en tournage) :
La chaîne voulait une série quotidienne (70 épisodes par saison). Mais, au sein du groupe France Télévisions, elle est celle qui “a le moins de moyens financiers”, explique Bertrand Cohen. Il fallait donc réfléchir à un projet cohérent au niveau du budget. “C’est un arbitrage permanent entre l’artistique et l’économie”. Dans une série comme CUT, les acteurs doivent tourner 6 à 7 scènes par jour, contre 1 à 2 sur un tournage plus classique.
La série a été financée par France Ô, le CNC, La Réunion, et TV5Monde. CUT fonctionne également avec un dispositif transmédia qui fait vivre son héros sur les réseaux sociaux. Les résultats de fréquentation de ces réseaux sociaux ont “aidé à convaincre la chaîne de se lancer dans une saison 2”.

Le cas de Suspects, diffusé en Grande-Bretagne sur Channel 5 :
La chaîne Channel 5 ne rassemble pas une grande audience et n’est pas spécialisée dans la fiction. Paul Marquess a notamment travaillé sur des programmes de scripted reality et a pensé en tirer des éléments pour réaliser une série de “docu-drama”. Cette forme de fiction repose sur l’improvisation des dialogues par les comédiens et un style documentaire qui donne un résultat assez “rafraichissant” et “naturel” pour le public, selon Paul Marquess qui souligne aussi la réaction positivement étonnée des critiques qui ne s’attendaient pas à cette qualité sur Channel 5. L’improvisation demande à ce qu’un seul épisode soit tourné à la fois, et que soient d’abord tournées les scènes “visuelles” (scènes de crime…).
Pour garder un budget maîtrisé, les scénaristes travaillent en équipe autour d’une intrigue assez resserrée. Il y a assez peu de décors, dont les salles d’interrogatoire, et l’équipe utilise des images du réseau de caméras de surveillance de Londres (CCTV). Puis, les acteurs ne bénéficient pas de plus de 2 ou 3 prises par scène, ce qui est moins que dans une production classique.

Deep endLe cas de The Deep End, en Pologne sur TVP2 :
La série fonctionne bien en Pologne et la saison 3 est déjà en développement. Elle est financée en partie par le gouvernement (ministère du travail) et des aides européennes pour montrer le quotidien des travailleurs sociaux. Media Brigade, fondée en 2005, a remporté un concours dans lequel elle devait proposer le script du 1er épisode, la présentation des personnages et un diffuseur potentiel, avec à la clé l’aide gouvernementale. “Le budget de la série est assez faible comparé aux moyennes en Allemagne, France ou Grande-Bretagne, mais elle a reçu plusieurs récompenses”, souligne Agata Walkosz. The Deep End a déjà été vendue dans 10 pays dont la France, l’Allemagne, l’Australie, l’Allemagne ou Israël.
Le low-budget a demandé certains compromis, avec quelques changements, mais n’a pas influencé l’histoire de base ou la vision du réalisateur. Ils tournaient un épisode en cinq jours.

Le cas d’In America en France sur OCS :
“L’art naît de contrainte, vit de lutte, meurt de liberté”. Stéphane Drouet reprend cette citation d’André Gide pour décrire la production d’une série low-budget : “c’est beaucoup de contrainte, beaucoup de lutte, et beaucoup de liberté”. Contrairement au fonctionnement habituel, OCS n’a pas posé de convention d’écriture et a seulement demandé une bible et le 1er épisode dialogué. La chaîne a apporté 50 000€ de financement pour la saison 1 qui a été tournée en 21 jours (15 jours aux USA et 6 en France), avec une équipe réduite, très peu de décors récurrents mais une volonté de montrer des lieux mythiques des Etats-Unis.In_America
Pour une série low-budget, l’étape de la préparation est capitale pour pouvoir aller plus vite lors du tournage. Les réalisateurs et producteurs sont présents dès l’écriture pour voir ce qui est faisable, explique Stéphane Drouet.

Enfin, une série low-budget suppose aussi de la créativité scénaristique comme technique pour combler le manque de moyens. Ainsi, The Deep End a été la première série en Pologne à être filmée avec une caméra numérique. Pour Suspects, l’équipe a découvert un matériel très léger et encore plus mobile pour rendre l’aspect documentaire. Et, pour Bertrand Cohen, cette façon de produire a ouvert un dialogue avec la production cinématographique qui cherche aussi des idées pour faire des films pour moins chers.

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